7. Un chiffre à part? Il faut croire. 7 comme les sept pêchés capitaux, les sept nains, les sept mercenaires ou encore les sept merveilles du monde... dans le nôtre, 7, le rappeur bordelais, en serait la huitième, et la sortie de son nouvel album Jardins Macabres était enfin l'occasion de rencontrer l'étrange personnage qui se cache derrière ce chiffre mystérieux. Il est sept heure tout pile (comment pourrait-il en être autrement ?) ce mercredi soir quand on se retrouve enfin attablé face à Sept, bien sûr, mais aussi ses compères du jeune label bordelais Sonatine : Fayçal, Dajoan, 2FCH et le graphiste de la bande, Ame.
On va commencer par une question con, mais il faut la poser : VII, pourquoi sept ?
VII : J'avais plein d'explications à la base, mais j'ai fini par en choisir une pour que ce soit plus simple : tout simplement parce que le chiffre 7 revient en permanence dans la Bible, et plus particulièrement dans le chapitre de l'Apocalypse.
Tu as beaucoup lu la Bible ?
VII : Un peu, je suis catholique. En fait, mon père est réapparu dans ma vie quand j'avais 22 ans et m'a pris la tête avec ça... j'ai fini par m'y intéresser et ça m'a passionné, surtout ce passage.
Rien à voir avec le dieu égyptien Seth, du coup... tant pis. Autre question, dans les 7 nains, tu es lequel ?
VII : Grincheux, sans hésiter. Franck (2FCH), c'est Simplet, Dajoan, c'est Atchoum et Fayçal, c'est Dormeur.
FAYCAL : Hein ?
Et tu es vraiment grincheux ?
VII : Je dirais plutôt autoritaire, surtout dans ma musique. Mais sinon, je suis un type plutôt calme !
Oui, c'est assez étonnant d'ailleurs vu tes textes, mais on y reviendra... les sept merveilles du monde, et la huitième, c'est quoi ou qui ?
VII : hum... Anguun ? J'ai visité toutes les autres merveilles du monde, j'aurais bien aimé visiter celle-là...
Hé hé ! Et les sept mercenaires... du rap ?
DAJOAN MELANCOLIA : Ce serait plus simple de nous demander les sept rappeurs qui ne se sont pas des vendus... des mercenaires du rap, on pourrait t'en citer 777.
2FCH : De toute façon, l'expression "rap indé", c'est bidon. Les mecs qui font du rap indé, ce sont juste des mecs qui n'ont jamais été signés, mais s'ils en ont l'occasion, ce seront les premiers à se vendre. A une époque, avant de monter Sonatine, on est jamais aller voir personne pour mendier de l'aide. Ensuite, quand on a été un peu installé, on nous a reproché de rester dans notre coin... mais on fait notre truc, et puis c'est tout.
Justement, on se demandait... est-ce qu'il existe une vraie scène rap à Bordeaux ?
DAJOAN MELANCOLIA : Oui, mais il y a de tout dans cette scène rap. Rien qu'au sein du label Sonatine, ce que fait Sept et ce que je fais, c'est très différent...
2FCH : Il y a une scène rap à Bordeaux, mais très éclectique, ça va du rap classique au dirty en passant par du rap "comique" et du slam... dans les autres villes du sud, les scènes rap sont beaucoup plus "identifiées". Enfin, elles l'étaient, et puis les mecs ont suivi la mode, ils sont passés par l'abstract, le dirty...
DAJOAN MELANCOLIA : A Sonatine, on est toujours un peu resté bloqué sur les années 90, même s'il y a encore des pointures aujourd'hui.
Et ce serait pêché... d'ailleurs, sept comme les sept pêchés capitaux... VII, lequel est ton préféré ?
VII : La luxure, sans hésiter non plus. Et le huitième pêché de l'humanité, c'est notre président actuel.
C'est drôle que tu dises ça, je me demandais justement si vous vous considériez comme des rappeurs engagés...
VII : Je n'aime pas du tout les termes "rap engagé" ou "rap conscient", ça ne veut rien dire pour moi. L'engagement, c'est un truc sérieux, on ne veut pas être des donneurs de leçon...
DAJOAN MELANCOLIA : Tu peux avoir des convictions sans les afficher. Etre engagé, c'est avoir une démarche et s'y tenir. Cracher sur Sarkozy sans fond, c'est limite consensuel, finalement...
Est-ce que le plus gros problème du rap français d'aujourd'hui, c'est qu'il s'est un peu mordu la queue en ressassant toujours les mêmes thèmes ?
VII : C'est bidon. On a tous la même vie, les mêmes galères... ils parlent tous de la même chose. Tout le monde a vendu du shit, on s'en fout, c'est du vent.
DAJOAN MELANCOLIA : Il y a surtout une énorme contradiction là-dedans : le rap, c'est à l'origine une musique basée sur l'expression libre, et on a l'impression qu'aujourd'hui les rappeurs ont peur de s'exprimer librement. Alors que ce qui est important, c'est que ça manque d'innovation, ça manque de sentiment... il faut que le sentiment passe.
2FCH : Ils sont sous la pression, il y a tellement de codes dans le rap qu'aucun n'arrive plus à prendre de risques, ils n'osent pas sortir de leurs frontières bien balisées...
D'ailleurs, comment ça se passe chez vous, quelle importance accordez vous aux textes par rapport à la musique, et comment vous écrivez ?
2FCH : En fait, je fais mes sons de mon côté et je les propose aux autres, si ça leur plaît, il s'y colle direct.
VII : De mon côté, je commence à écrire des textes sur des sons américains qui existent déjà, et je vois ensuite si ça peut coller sur la musique... je me lève le matin, et je commence à écrire. Au début, c'était chaotique, et puis j'ai fini par me structurer, de manière limite extrémiste. Je me mets devant l'ordinateur, et tant que je n'ai pas écrit 6 lignes qui me plaisent vraiment, je ne mange pas.
FAYCAL : Moi, je n'ai pas cette discipline ! Il a sûrement raison, mais j'écris plus sur l'instant, par phases...
Ok... VII, quand tu avais sept ans, tu lisais Le Clan des Sept. Et maintenant ?
VII : Ah ah... à 7 ans, je ne savais pas lire ! Et en ce moment, un bouquin sur la famille Manson, ça me passionne, ce genre de livres... en fait, j'étais nul à l'école. Pour moi, lire, puis écrire ensuite, c'était une revanche, une façon de montrer que même si j'étais nul à l'école, je n'étais pas si con.
FAYCAL : De ce point de vue, on a beaucoup de références en commun... tous les trucs de l'Est, Kafka, Dostoïevski, les auteurs de la fin du 19e. Tous les trucs décadents et nihilistes, parce que ça nous correspond,
c'est que des mecs ultra-pointilleux qui peuvent passer des heures sur une phrase.
AME : Oui... mais en ce moment, c'est plus le cinéma qui inspire VII.
Ah, justement... quand tu avais sept ans, tu regardais Sept à la Maison à cause de Jessica Biel, et maintenant ?
VII : Je suis très branché film gore, j'ai une espèce de fascination récurrente pour les trucs morbides.
AME : Quand on était gamins, on adorait déjà les monstres... on a vu des trucs super violents très jeunes avec mon grand frère.
Vous en pensez quoi, vous, de l'influence néfaste de la télé ?
AME : C'est des conneries, ça. Ce n'est pas la violence à la télé qui me dérange. Le monde est super violent, je pense que ça nous a surtout rendu plus lucide. Si à côté de ça, tu reçois une bonne éducation, ça t'apprend la vie, ça peut plus te pousser à la réflexion.
2FCH : De toute façon, on ne regarde que du cinéma à la télé. Et le Zapping.
VII : Et le porno.
AME : Avec Katsumi, ou plutôt Katsuni, depuis qu'elle a perdu un procès contre une nana qui s'appelait vraiment Katsumi et qui recevait sans arrêt des coups de fil de mecs qui la prenaient pour l'actrice porno. On vit quand même dans un monde où les mecs s'imaginent que l'on garde son vrai nom quand on fait du porno...
2FCH : Oh, moi aussi, je reçois plein de coups de fil, des mecs qui m'insultent parce qu'ils ont été choqués par le texte de Sept !
Tiens, d'ailleurs, oui, quelles sont les réactions des gens par rapport à tes textes qui sont parfois très violents ?
VII : Je suis plutôt surpris, parce que souvent ils restent sans réaction, justement. J'ai croisé deux gamines de 16 ans qui ont écouté Cécilia et qui ont trouvé ça fun, c'est... saisissant. En même temps, quand les gens aiment mes textes, je trouve ça étrange. J'ai tendance à penser qu'ils sont encore plus chelou que moi ! Mais ça m'énerve encore plus quand ils n'ont aucune réaction...
On se demandait si tu faisais exprès d'être si provocateur dans tes textes ?
VII : la vraie différence entre nous tous, elle est là... Franck et moi, on fait des trucs super hardcore par rapport à Dajoan et Fayçal. On aime les trucs bêtes et méchants, Fayçal utilise des thèmes plus fins et enrobés de mysticisme.
2FCH : C'est important qu'il y ait différentes formes de rap. C'est pour ça que l'on utilise des sons minimalistes : c'est très bien, parce que si le mec est mauvais ou n'a pas d'univers, ça se voit de suite ! Il y a beaucoup de trucs très chargés dans le rap d'aujourd'hui, alors qu'il faut que ça reste très rythmique pour laisser les textes s'exprimer, empêcher les mecs de se cacher derrière.
FAYCAL : C'est pour ça que j'ai toujours aimé faire mes textes de rap a capella sur des scènes de slam... même si c'est plus pour l'écriture que je suis allé à ces soirées.
DAJOAN MELANCOLIA : Ce qui est intéressant dans le slam, c'est ce côté tribune libre... quand on a mis de la musique dessus, ce n'était déjà plus du slam... juste un truc de bobo avec Grand Corps Malade qui fait ses textes de CM2 dessus.
2FCH : Tu vois, on est tous très différents à l'intérieur de Sonatine. C'est aussi pour ça qu'à côté du label, on a créé une autre structure qui s'appelle Rap and Revenge (ndlr : de Rape'n Revenge, ces films où une fille subit un viol et passe le reste de la bobine à se venger sans pitié) pour nos trucs les plus bourrins avec VII, dont Fayçal et Dajoan n'ont pas à supporter la paternité. Ils n'ont pas à assumer pour nous notre côté gore !
Et vous l'assumez plutôt bien...